Fabienne Swiatly écrit le texte de la prochaine création des Transformateurs: Annette. Elle tient un journal de bord de cette aventure artistique sur le site Remue.net.
8ème chronique de l'auteure...
"Depuis quelques temps, j’ai accepté que mon manque de concentration ne soit pas forcément un signe d’impuissance, mais peut-être une certaine manière de m’approcher des territoires troubles d’un écrit.
Quand je pense à autre chose, je vérifie la capacité de mon sujet à s’imposer dans mes pensées. A être là malgré tout.
Annette est en attente depuis quelques jours (semaines?) dans un dossier nommé TXT en cours. Je ne l’oublie pas. Je mets à coin pour utiliser une expression du Sud-ouest.
Annette est là sur la couverture du deuxième cahier de notes, dans les mails échangés avec le metteur en scène, le choix de livres à lire, les rêves qui parfois secouent le silence de la maison. Dans l’intranquillité de mes journées.
Dans le resserrement du doute, je tente de réveiller l’écriture. Je pourrais aussi l’envoyer balader. Éteindre l’ordinateur, refermer les cahiers et aller me faire voir ailleurs.
Moments récurrents où je m’étonne des certitudes qui ont donné le bel élan au lancement du projet. Le doute ralentit l’écriture, ternit les envies - bien sûr, mais il est nécessaire. Alors me revient cette phrase de René Char: "Les mots qui vont surgir savent de nous des choses que nous ignorons d’eux..."
Dans la sécheresse de la citation tronquée, je m’irrite à devoir donner un tel pouvoir aux mots, alors je m’accroche à l’autre phrase fétiche, celle d’Aimé Césaire: "J’ai plié la langue française à mon vouloir dire..."
J’ai besoin de violence.
Tiraillements, incertitudes -écrire à son corps défendant. Je ne vais pas me laisser impressionner par une citation et recherche le contexte de la phrase et j’ai raison.
Le paragraphe donne une autre épaisseur à mes incertitudes: " Les mots qui vont surgir savent de nous ce que nous ignorons d’eux. Un moment nous serons l’équipage de cette flotte composée d’unités rétives, et le temps d’un grain, son amiral. Puis le large la reprendra, nous laissant à nos torrents limoneux et à nos barbelés givrés."
Alors je mords mes lèvres et tente d’irriguer l’écriture avec du sang neuf. Quitter l’alignement des lettres, si facile, sur l’écran et creuser le propos.
Je reprends le texte, mon corps est nerveux. Je ne dois pas rester en surface. J’ai besoin de chair.
Et je pose sur le visage torturé d’Annette un masque de princesse et je la regarde droit dans les yeux. Des yeux inquiétants derrière les deux trous noirs du plastique rigide.
"(elle enlève le masque) :
Ça change tout. Je le vois dans vos yeux, dans vos yeux à tous. Mon visage est difficile à regarder. Je vous effraie. Je vous mets mal à l’aise. Un visage dérangeant. Et si j’étais contagieuse? Et si cela portait malheur? Et si j’étais le fruit du péché? Mon visage n’exprime rien d’habituel. Mon visage vous échappe? Et à moi, il ne m’échappe peut-être pas?
(Elle remet le masque)
Superbe ! Masque, gommage, exfoliant, botox et dermabrasion. Abracadabra, je suis comme une princesse, je suis regardable. Exit le visage de la mort. Le temps n’a aucun effet sur moi. Jeunesse inoxydable.
Je suis une princesse et je souris, souris, souris…
Cela vous rassure? ""
Fabienne Swiatly
La neige a eu raison des Constructeurs...
La représentation de la forme courte prévue
le 1er février à Bourgoin-Jallieu est reportée.
Rendez vous le 7 mars prochain!
Créée le 31/01/12
Des techniciens hautement qualifiés
Pour un travail propre et soigné
Les Constructeurs: satisfait ou démonté!
Prochaine démonstration de la maison démontable:
Adresse: 1 rte St Jean de Bournay, Bourgoin-Jallieu
Pensez à vous couvrir, spectacle en extérieur!
Durée : 30 mn
Tous publics, à partir de 4 ans
Informations: Théâtre Jean Vilar - 04 74 28 05 73
Créée le 26/01/12
Fabienne Swiatly écrit le texte de la prochaine création des Transformateurs: Annette. Elle tient un journal de bord de cette aventure artistique sur le site Remue.net.
7ème chronique de l'auteure...
"Ouvrir le cahier de notes. Relire malgré l’écriture de plus en plus illisible, les doigts qui cherchent les touches de l’ordinateur. J’ai acheté un stylo à calligraphie mais le résultat est encore plus moche. Les traits partent dans tous les sens, le poignet fatigue vite et la plume résiste parfois au papier. Je ne sais plus écrire à la main!
Je relis mes listes (mes accumulations) malgré tout: la liste de médicaments qui soignent l’épilepsie, la liste du vocabulaire de la chirurgie esthétique, la liste de tous les types de handicap et les aménagements possibles du lieu de travail, les notes de lecture de Figures du handicap de Simone Korff-Sausse, je visionne Sabine de Sandrine Bonnaire, je note des blagues concernant les handicapés, je me verse du café, je dissous de la vitamine, j’écoute Vivaldi, je classe les photo, j’écris un mail au responsable d’un centre d’accueil pour handicapés lourds qui a accepté que je fasse un reportage-photo... J’ai du mal à retourner au texte. J’ai les doutes comme l’on dirait j’ai les boules. Je cherche l’entrée. Je me fais une place avec le sentiment d’être obèse.
Pause
Je m’éloigne auprès des copains facebook (La machine à café virtuelle où je peux papoter avec d’autres écrivains et parfois de belles discussions comme la récurrence de certaines fautes d’orthographe, et Michaël Glück nous rappelle que le mot faute ou même erreur n’est pas juste, il préfère savoir déplacé).
Fin de la pause
Le texte m’attend, il a besoin d’épaisseur. Silence. Écran immobile alors je clique sur Corriger, justifier, enregistrer puis je fais appel aux Dieux ... comme nombre de désespérés. De nouveaux personnages apparaissent. Une piste ? Je tente la voie:
Femme : Qu’allez vous faire maintenant ?
Vieil homme : Que voulez-vous que je fasse. Je suis fatigué. Tous les Dieux sont fatigués. Certains sont atteints d’Alzheimer, d’autres se sont inscrits à un club de remise en forme. Tout cela nous tombe des mains.
Femme : Et Annette ?
Vieil homme : Elle est tombée de la main des Dieux comme les autres. Sauf, qu’en tombant, elle a brisé le miroir. Et ça … ce n’est pas pardonnable. Sans miroir, les Dieux sont nus."
Fabienne Swiatly
Créée le 20/01/12
Après une courte trève de fin d'année, les Constructeurs reprennent du service.
La forme longue des Constructeurs sera présentée:
le 5 janvier
à 14h30 et à 19h30
au Théâtre Nouvelle Génération
dans le cadre du festival Régénération
Créée le 02/01/12